Alzheimer : où en sommes-nous?

Manger des fruits et des légumes peut sembler futile devant une telle maladie, mais une saine alimentation est pourtant l’une des armes de prévention pour retarder l’alzheimer.
La chercheuse Sylvia Villeneuve, directrice du Centre d'études sur la prévention de la maladie d’Alzheimer à l'Institut Douglas, souligne que le fait de savoir que la maladie s’installe tranquillement jusqu’à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes permet de penser qu’il existe une « zone de prévention » où il est encore possible de réduire les risques ou de repousser l’apparition de la maladie.
« On pense qu’à peu près 45 % des facteurs de risque de la maladie sont modifiables, ce qui n’est pas rien. »
La bonne nouvelle, c’est que nous connaissons les 14 facteurs de risque à surveiller et que l’on peut contrôler. Ces facteurs sont : l'inactivité physique, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, l'obésité, la dépression, un faible niveau d'éducation, l'hypercholestérolémie, l'hypertension artérielle, le diabète, la perte de vision, la perte d’audition, la pollution de l’air, les lésions cérébrales traumatiques et l’isolement social.
Tous les chercheurs avec qui je me suis entretenu insistent particulièrement sur l’importance de garder des liens sociaux pour prévenir la maladie.
La socialisation, c'est toutes les formes de cognition qui sont activées en même temps. Quand vous êtes dans un souper où quatre personnes discutent, il faut porter attention
, explique Sylvia Villeneuve.
Pour cette raison, il est important de s’assurer de bien entendre. Une ouïe déclinante peut mener à l’isolement. C’est particulièrement vrai pour les hommes, qui ont tendance à minimiser leur problème d’audition.
Tu n’entends pas? Tu ne participes pas à la conversation et cela provoque littéralement l’isolement social
, insiste le Dr Judes Poirier, pour qui le contact avec les autres est essentiel pour garder son cerveau stimulé et performant.
La neuropsychologue Sylvia Villeneuve dirige la cohorte Prévenir-Alzheimer, qui regroupe 220 volontaires qui participent à des études de longue durée sur les facteurs de risque de la maladie. Dans ce cadre, elle étudie entre autres le sommeil.
« Les participants qui ont un sommeil de moindre qualité – peut-être moins réparateur – présentent une accumulation plus rapide de la bêta-amyloïde dans le cerveau. »
On n'est peut-être pas dans la cause à effet, mais on est carrément dans quelque chose qui montre l’importance du sommeil dans la prévention de la maladie
, note-t-elle.
Dans l’une des études réalisées grâce à la cohorte, Sylvia Villeneuve a été particulièrement surprise de constater une association entre la pleine conscience et des niveaux moins élevés des protéines amyloïdes et tau dans leur cerveau.
La pleine conscience est un état d'esprit, c'est le fait de vivre le moment présent, de ne pas juger
, explique Sylvia Villeneuve.
« Vous allez prendre une marche en forêt. C'est la différence entre celui qui marche et qui profite de l’instant et celui qui pense à ce qu’il doit accomplir au travail le lendemain. »
C'est fort probable que la personne qui est dans le moment présent est moins stressée, et le stress n’est pas bon pour le cerveau. Cela permet de diminuer certains facteurs de risque, comme les maladies vasculaires
, ajoute la chercheuse.
Dans un tout autre ordre d’idée, le professeur Charles Ramassamy dit que la prévention passe aussi par une bouche en santé, puisque plusieurs recherches montrent que le microbiote buccal peut aussi avoir un effet important sur le risque de développer la maladie.
Nous pensons que les vésicules qui sont libérées par des bactéries présentes au niveau buccal peuvent se retrouver dans le sang et induire des effets toxiques dans le cerveau
, affirme-t-il.
Au-delà des bénéfices individuels, reporter l’apparition des symptômes grâce à la prévention peut aussi avoir des impacts positifs sur la santé publique.
Pour le Dr Judes Poirier, des simulations mathématiques sont assez pertinentes pour l’expliquer : reporter l’apparition des symptômes de seulement quelques années serait un triomphe énorme en santé publique, puisque l’alzheimer est une maladie du vieillissement. Par exemple, en retardant l’apparition de seulement deux ans, on éliminerait 36 % de tous les cas (ces personnes mourraient d’une autre cause). Si on les reporte de cinq ans, cela représente 50 % de tous les cas.
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